Un article du Monde met le doigt là où ça fait mal :
Je connais la situation, hélas. Pire, mon propre parcours fait pâle figure à côté de celui de bon nombre de collègues, dont certains ont déjà jeté l'éponge. Pourtant, je m'accroche. Pourquoi ?
Parce que j'aime ce métier ? Oui, bien sûr. Mais enfin ça fait bientôt deux ans que je suis au chômage, alors le métier, hein. Mon dernier emploi s'est quand même très mal terminé…
Oui, mais pendant ces deux ans, j'ai avancé ! Au CIRM en mai, mon travail a été bien accueilli, j'ai entamé une nouvelle collaboration — avec Pedro Monteiro au Portugal, pour développer de nouveaux outils d'analyse basés sur les définitions proposées avec Elisa Tonello — j'y reviendrai.
En fait j'ai l'impression un peu frustrante d'arriver au moment où des années d'efforts commencent à payer. Où le travail accompli commence à porter ses fruits. Et j'ai envie de continuer.
Est-ce que j'y crois encore ? À l'importance de mon travail, oui, sans aucun doute. Bien sûr, il me manque une preuve, difficile, mais je suis plus que jamais convaincu d'avoir mis le doigt sur quelque chose d'important. Qu'on va enfin avoir les outils dont je rêve depuis vingt ans. L'algorithme de Pedro m'en a donné un premier aperçu. J'ai très envie de voir la suite. Et si je renonçais, si j'avais renoncé, ces outils qui sont sur le point de voir le jour, auraient-ils jamais été inventés ?
Alors oui, à l'importance de mon travail, sans aucun doute, j'y crois. À mes chances d'obtenir un poste ? Là c'est plus difficile à dire. Peut-être bien que non.
Mais que faire d'autre. À ce stade mon travail est encore inabouti, inachevé, et surtout, confidentiel. Les modèles logiques sont à peu près inconnus, même des gens qui travaillent sur des thématiques proches, en dynamique des systèmes, où les équations différentielles occupent le devant de la scène. Alors je guette, je traque les mots-clés, les gens qui parlent de cercles vicieux, de cercles vertueux, de boucles causales… Petit à petit, je rencontre des gens. Est-ce que ça finira par payer ? … Allez savoir !
J'ai encore un peu de temps devant moi, mais le temps presse. Si je ne trouve rien… Arrivera le moment où il faudra renoncer pour de bon, trouver un taf alimentaire, n'importe quoi.
En attendant, on s'accroche. Il faut bien…
…
Mais si quelqu'un a une idée, hein…
